Les Almogavres L'expédition des Catalans en Orient


Il s'agit de la traduction française d'une partie des célèbres " croniques " de Ramon Muntaner. Plus précisément la partie concernant l'épopée des troupes Almogavares en terre d'Orient. L'œuvre complète de Ramon Muntaner (édition 62), contient 298 chapitres, ce livre nous offre la traduction des chapitres 194 à 244, c'est à dire ceux concernant la conquête de la Sicile, de la Grèce, du sud de l'Italie et les combats contre les turcs dans l'ancien empire de Byzance.
Ces soldats de " la frontière ", aux techniques de combat imparables, faisant suivre femmes et enfants dans leurs incursions en terres musulmanes de la péninsule ibérique, avaient prit une telle importance au début du moyen-âge que très rapidement bourgeois et nobles souhaitèrent les voir le plus loin possible de leur territoire. Indisciplinés, mais d'un courage à tout épreuve, les autorités catalanes comptaient sur eux pour défendre leur pays et leurs frontières - voir le massacre des troupes de Philippe le Hardi lorsqu'elles envahirent la Catalogne - mais les trouvaient fort encombrant en temps de paix. Aussi, ce fut une aubaine pour tous lorsqu'il acceptèrent un contrat comme mercenaires pour aller défendre la Sicile occupée alors par les Français. Contrairement à ce que nous annonce la préface, les Almogavares n'étaient pas des mercenaires professionnels. Ce n'est qu'une trahison et la mise à mort de leur capitaine suivit d'un concours de circonstances malheureux qui les pousseront vers les terres d'Orient.
Les Almogavares, et leur épopée sont bien connues a Catalunya-Nord, Jep Pascot militaire de carrière et ancien maire de Collioure a popularisé leur faits de guerre et leurs stratégies militaires dans son livre " Les Almugavares ", disponible aujourd'hui dans sa traduction catalane. Les conférences de Pau Roure sur le même sujet avaient aussi su passionner un très large public ( à partir de l'oeuvre de Schlumberger : L'Expédition des Almogavares ou routiers catalans en Orient. Paris 1925).
Si la traduction et les annotations de Jean-Marie Barberà sont excellentes, nous ne pouvons pas en dire autant de la préface de l'éditeur. Difficile de comprendre qu'un mariage ait pu transformer les Barcelonais en Aragonais, comme si la Navarre associée au royaume de France avait basquisé les habitants de la butte Montmartre, transformé les flamands en Wallon ou les Ecossais en Anglais.

Quant à traiter les Almogavares de mercenaires sans aveu, nous aimerions savoir ce que cela veut dire. Ils restèrent toujours fidèles à la couronne catalane et se condamnèrent à l'exil pour venger l'assassinat de leur capitaine Roger de Flor., Même si l'on ne partage pas les mêmes valeurs, ce n'est pas la définition de " sans aveu " que donne le Petit Robert. Quant à l'explication du choix de " Almugavres " pour traduire le mot catalan d'origine arabe " Almogàvers " inutile de dire qu'il ne nous a pas convaincu du tout.
Ce même éditeur nous promet prochainement une traduction de Tirant lo Blanc, le roman de chevalerie de Joanot Martorell. Espérons que la préface ne comportera pas les mêmes erreurs. Vargas Llosa serait l'heureux élu. Même si ce grand écrivain a écrit de très belles pages qui ont donné à connaître le Tirant internationalement, ce n'est pas une très bonne idée, car régulièrement les déclarations anticatalanes de ce monsieur illustrent la presse de Barcelona, Valencia et Perpinyà. Il lui est même arrivé tout récemment de regretter l'époque franquiste, période bénie, selon lui, car tout le monde en Catalogne était obligé de s'exprimer en espagnol.
Demanderait-on à Céline ou aux frères Goncourt la préface d'un classique de littérature yiddish ?

Traduit du catalan par Jean-Marie Barberà


retour au catalogue